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Woojung Park, portrait ABC

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W comme Woojung Park

Woojung Park est un photographe sud Coréen né en 1972. Jusqu’à la fin de son service militaire, il vit à Busan, le plus grand port de la Corée du sud et part pour la France en 1996. Après ses études aux Beaux-Arts de Valence, il se dirige vers Paris pour se consacrer à deux domaines qui lui resteront chers : l’écriture cinématographique et la philosophie qui lui permettront de renouer doucement avec son pays d’origine qu’il connaît finalement peu. Hormis la langue, Woojung réalise que l’histoire, les valeurs et les traditions de son pays lui sont flous et lointains. A son retour en Corée du sud, le photographe fait l’expérience d’un décalage – toujours plus grand – entre une culture à la fois moderniste et traditionnelle. Un pays en perpétuel changement où une année suffit pour remodeler tout un tableau rural et traditionnel. Avec son regard neuf sur son pays natal, l’artiste photographie ce contraste.

P comme Photographie

« Depuis mes études aux Beaux-Arts et les années qui ont suivies, je pratiquais la photographie en dilettante car à l’époque je ne pensais pas devenir photographe.
J’ai découvert la photographie par pur hasard grâce à l’univers de la mode ; de suite, j’ai eu l’impression d’avoir trouvé mon “truc”. D’une certaine manière, la photo de mode m’a permis de redécouvrir ce médium et de redéfinir ma vision de la photographie plasticienne par la suite. »

R comme Retrouvailles

« J’ai quitté la Corée du sud il y a presque vingt ans après mon service militaire, c’est 28 mois obligatoires. Depuis, je ne voulais plus entendre parler d’elle.
Et puis durant mes dix premières années de séjour en France j’ai vécu sans me soucier d’elle. D’abord l’arrivée à Paris, puis l’adhésion à une association d’artistes coréens et enfin l’investissement dans la photographie m’ont donné l’occasion de renouer avec la Corée et de me réconcilier avec elle. Je me suis ré-approché d’elle en quelques sortes avec le regard d’un photographe et je me suis rendu compte à quel point je ne la connaissais pas. Je me sentais comme étranger de mon propre pays, comme si j’étais un touriste. C’est difficile de se sentir étranger à sa propre culture. C’est cette redécouverte qui nourrit aujourd’hui mon travail photographique. »

M comme Mode

« La photo de mode me permet de me renouveler en photo. Je ne suis pas quelqu’un qui est capable de rester sur un sujet pendant des années. En photo de mode tout change vite, ce qui correspond à ma façon de travailler. La mode change vite d’ailleurs et nous devons nous, photographes, nous adapter au même rythme. Et puis il y a tout ce rapport avec le modèle qui me conforte dans l’idée qu’il existe un être à l’image.

Le « Hanbok », le costume traditionnel coréen, m’intéressait depuis quelques années à cause de ses formes, de ses couleurs, de ses tissus, de ses imprimés… J’ai déjà réalisé deux séries avec Hanbok ; une série de mode avec une styliste française et une autre plus artistique avec une artiste coréenne. Je viens du monde de l’art et la mode me donne l’occasion de me renouveler dans mes travaux personnels. Dans ce sens là, il y a toujours un moment où l’Art et la Mode se mêlent. La frontière n’est jamais fine dans mes séries personnelles mais peut l’être dans mon travail dans le domaine de la mode. Quand tu es photographe, ton oeil est forcément concentré sur l’image et peut-être moins sur le vêtement. »

T comme Tempête

« Je me rendais quelques fois à Songdo – c’est un gigantesque polder près de Seoul – pour faire quelques clichés d’immeubles là-bas. Ce jour-là je me promenais pour photographier et j’ai été littéralement projeté dans cette scène par pur hasard, scène que je n’ai comprise que quelques jours plus tard. Au début, je pensais qu’il s’agissait d’une expo d’art contemporain, mais, en réalité, c’était une grande exposition chrétienne autour du thème de la Bible. Encore une raison pour laquelle je me sens étranger à la Corée du sud et à cette admiration pour cette religion qui vient d’Europe. L’expo a été ravagée quelques jours après son ouverture par une tempête… un signe divin ? Je me retrouve alors au milieu d’une exposition ravagée et je commence frénétiquement à photographier l’espace et les constructions tombées au sol. Après être rentré et avoir fait le tri dans les photos prises sur les lieux, Tempête au Jardin d’Eden était le seul titre possible pour cette série. »

C comme Contraste

« Le contraste est quelque chose que je retrouve constamment dans ma vie quotidienne et dont j’essaie de m’en servir pour l’interpréter dans mes photographies.
Dans ma série Plastic Lovers, j’ai mélangé les modèles humains et les mannequins en plastique pour créer le doute et poser la question de la beauté féminine. La Corée par exemple est un pays de contraste. Quand tu es là-bas, tu es sans arrêt confronté entre tradition et modernité, nature et civilisation. Quand tu vois toutes ces jeunes femmes habillées de manière traditionnelle et pourtant sensibles aux pubs de chirurgie esthétique pour ressembler aux européennes, ça c’est du contraste! Du contraste qui frôle presque la contradiction, l’absurde! Et puis, le contraste est un bon moyen visuel pour produire de l’émotion je trouve. »

D comme Désacralisation

« La photo est omniprésente. Le nombre de photographes ne cesse de croître. L’appareil photo n’a jamais été aussi abondant et varié que maintenant.
Ces faits ont complètement bouleversés la valeur et le sens même de l’image photographique. Du coup, nous somme déstabilisés aussi…
Je pense que nous vivons dans l’ère de la démocratisation du métier du photographe. N’importe qui peut devenir photographe du jour au lendemain, il suffit de se dire “je suis photographe” puisque tout est déjà là: un appareil photo époustouflant dans un téléphone qui fait presque d’aussi belles images qu’un appareil photo professionnel et tout le monde a un ordinateur suffisamment puissant pour traiter les images. Oui, je pense que la photographie a été désacralisée par sa présence constante dans notre quotidien. »

Le travail personnel de Woojung est représenté par la galerie • kontakthof • et vient tout juste d’intégrer la collection permanente avec ses séries Tempête au Jardin d’Eden et Plastic Lovers. Quant à ses séries de mode et de portraits, les clichés sont visibles sur son site personnel. Woojung reste très actif dans son domaine et ne cesse de réfléchir à de nouvelles séries.
C’est un artiste né de la réconciliation avec ses racines.

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