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École de la SRF, Céline Sciamma, Pierre Salvadori, Monografe Journal

Récits et réflexions autour du montage

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Le cinéma, c’est avant tout “l’art du montage”. C’est par ces mots que Pascale Ferran a pris la parole lors de la Masterclass, ‘l’École de la SRF’, animée par Céline Sciamma et Pierre Salvadori (co-présidents de la Société des Réalisateurs de Films), jeudi 31 mars 2015 dernier.

Car du cinéma, on voit bien sûr les images, au global, défendues par un réalisateur ou une réalisatrice, du côté de l’enregistrement, mais c’est aussi un assemblage et une confrontation avec un monteur, une monteuse, un autre regard, parfois brutal, qui vient faire des raccords, ajuster des colures et produire du récit à partir d’une matière première visuelle pour inventer des temporalité spécifiques et parfois nouvelles. Le rapport est compliqué et les réflexions qui ont animées le débat de cette nouvelle édition de l’École de la SRF, l’a confirmé. Mais alors, de quoi le montage est-il le nom ?

Le sujet passionne depuis toujours. Avec autant d’histoires individuelles au rapport à l’image que d’histoires au rapport entre réalisateurs et monteurs eux-mêmes. Invités, d’un côté, les réalisatrices Catherine Corsini (La Nouvelle Eve, Partir, La Belle saison…) et Émilie Deleuze, (Jamais contente, Tout est permis, A deux c’est plus facile…), avec leur monteur, partagé en commun, Frédéric Baillehaiche (Jamais Contente, La Belle Saison, Party Girl…), de l’autre, un duo en complément, la monteuse Mathilde Muyard (Peur de rien, Bird people, Sport de filles…) et donc Pascale Ferran (Lady Chatterley, Bird People…).

Pour cette dernière, c’est précisément au montage que les choses se définissent, se cherchent et, dans le meilleur des cas, se trouvent. Le montage peut se jouer dès l’écriture, par des ellipses, des régimes narratifs, des changements de vitesses, de temporalité et des idées écrites, à affiner.

« Le montage construit le récit en bousculant le scénario » – nous dit Catherine Corsini, qui aime privilégier les évènements sur le tournage, pour avoir davantage de matière au moment du montage. C’est aussi et surtout une période de « deuil » où l’on a devant soit les images des petits miracles qui se sont réalisés sur le tournage, les scènes ratées, toute une réalité en matière, à extraire et avec laquelle il faut désormais faire.

Émilie Deleuze parle, ainsi, d’un « rapport traumatisé » au montage. Avec plein d’idées reçues et d’à-prioris sur « l’avant ». C’est André Téchiné, sur un tournage, qui, un jour, lui donnera la révélation : « pensez le montage de votre histoire, en fonction de ce que vous aimeriez voir juste après ». Ce sont des moments d’angoisse, aussi, cauchemardesques, avec le film pour ennemi et à côté de soi – un autre ennemi – vivant – le monteur, qui, par ses mains dans le cambouis, vient tout déconstruire, pour mieux reconstruire, par delà les résistances.

Le montage, comme chaque conflit, se résoudrait donc par le langage, celui commun par lequel réalisateurs et monteurs se retrouvent. Un langage, à deux, comme un dialogue, précédé souvent par des moments de flottement et de faux de temps, le temps que la langue se contruise et que les mots justes se trouvent ? Pour arriver à l’évidence du « Est-ce que ça marche ? », -oui !

Autant de rapports différents au montage que de cinéastes. Et si la technique a disparu (jamais de nos jours, le montage d’images n’a paru aussi simple et accessible), ce rapport là reste essentiel. Le cinéma en tant qu’art collectif, c’est cela le récit. Un bon montage, c’est toujours et avant tout, un duo, qui parle le même langage.

À propos de l’École de la SRF
Soucieuse de partager ses connaissances et de débattre régulièrement des questions qui préoccupent la profession, de créer du lien entre ses adhérents, d’explorer et approfondir des sujets politiques ou artistiques, la SRF a lancé en mars 2014, à l’initiative de la cinéaste Katell Quillévéré, alors co-présidente de l’association, l’École de la SRF. Moment d’apprentissage et de débat sur une thématique précise, le projet initial répond au besoin des cinéastes de mieux comprendre et d’échanger sur les enjeux économiques, juridiques, artistiques, philosophiques, qui quadrillent le secteur audiovisuel français, européen et mondial. L’École de la SRF entend aussi être un lieu de rencontres et un moment de partage d’expériences.

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