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Mia Hanse Love, Monografe Journal, L'Avenir

Mia Hansen-Løve, à bonne distance

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Évidemment, il y a quelque chose d’adolescent dans sa façon d’être au monde, cette espèce de fragilité face à ce qui l’entoure et aux superlatifs qui la précèdent. Peut-être, trop. Ça a le mérite, au moins, de la rendre attendrissante. Le public est toujours déçu d’un nom qu’on lui survend, souvent.

Mia Hansen-Løve a 35 ans et, déjà, à son actif, 5 longs-métrage reconnus. Depuis plusieurs mois et son « Ours d’argent du meilleur réalisateur » (/trice ?), reçu, à la Berlinale 2016, pour son dernier film, L’Avenir*, on parle de génie, proclamée d’emblée. De quoi irriter, se méfier et se bâtir des défenses.

Mais l’exaltation médiatique, impitoyable obstacle franchissable aux seuls artistes dotés d’une personnalité hors du commun – ou d’une volonté d’acier – peut aussi servir, parfois, de formidable bouclier.

Mia Hansen-Løve est calme. C’est là sa première arme. Timide aussi. Elle nous a touché, déjà, c’est vrai, avec Tout est Pardonné (Prix Louis Delluc 2007 du Premier Film), Le Père de Mes Enfants (Prix Spécial du Jury Un Certain Regard, à Cannes, en 2009) ou encore Un Amour de Jeunesse, puis nous a transporté et perdu, quelque fois, avec Eden. Autant d’images et de récits avec parfois des failles et de bizarres entrelacs. Mais L’Avenir est une belle échappée et cela a à voir avec une certaine façon de tenir le récit, par derrière la caméra.

Je me suis toujours sentie en décalage avec mon âge, à un degré quasiment pathologique qui est un moteur pour mon écriture.

Dans ce nouveau long-métrage, porté avec une subtilité déconcertante par la grande Isabelle Huppert, la réalisatrice filme une actrice plus mature qu’elle. Elle l’a filme, avec ce truc, un truc réservé, une mesure sans artifices, là, toute proche, tout en restant introspective, comme un regard reculé sur les pas d’une femme, plus âgée.

« Je me suis toujours sentie en décalage avec mon âge, à un degré quasiment pathologique qui est un moteur pour mon écriture. Cela a nourri une mélancolie dont le cinéma m’affranchit. On écrit pour se libérer de ses démons tout en y revenant toujours. Quand je tourne, le sentiment de la distance au monde s’évanouit. Le rythme assez rapide avec lequel j’ai enchaîné écriture et tournage depuis 10 ans vient d’une addiction à ce sentiment du présent retrouvé. Peu importe l’âge ou le sexe des personnages : quand je fais un film j’ai l’impression de coïncider complètement avec eux, et avec moi-même. »

L’Avenir, c’est l’histoire d’une femme qui retrouve la liberté, l’histoire d’un renouveau, provoqué par ce qui auraient pu être des évènements fracas. Ils ne le sont pas. Par les réactions de Nathalie d’abord (jouée par Isabelle Huppert) mais aussi par la mise en scène, les ellipses, tout ce qui n’apparaît pas. Quasiment rien n’apparaît. Mia Hansen-Løve se tient loin, montre peu et l’on regarde cette femme survoler les aléas de son existence, sans même un bruissement.

Si j’ai l’impression qu’une séquence est seulement ‘utile’, je la coupe.

« Quand j’écris, je me préoccupe du rythme, de la musicalité, de bien des choses, mais peu d’un éventuel manque d’informations sur la psychologie des personnages. Ce qu’on a besoin de savoir s’exprime en général au fur et à mesure sans avoir besoin de l’expliquer. Aussi je m’efforce plutôt, de l’écriture au montage, de supprimer autant d’informations que possible. Si j’ai l’impression qu’une séquence est seulement utile, je la coupe ».

Parfois la coupe est dure, et l’on cherche un peu plus loin, là où l’on aimerait percevoir quelques profondeurs, un truc du genre, quelque chose qui nous parlerait plus clairement, sans trouver plus que ce que n’offre les images devant l’écran. Ces images, elle sait les mettre en scène – il arrivera le temps, où, avec encore plus de maturité – l’on exultera devant ses films. On est déjà exalté par la manière dont se clôt celui-ci. Sur une musique, même pas une fin, un je-ne-sais-quoi, mais un enfant dans des bras, peut-être l’unique moment où seul compte le présent.

« C’est une chanson sensuelle, qui dit le désir, et l’espoir, aussi irrépressibles que le temps est invincible. Il y a une lutte entre ces deux forces, et c’est peut-être dans cette lutte que se trouve l’équilibre étrange qui nous permet de nous sentir vivants ».

De l’exaltation médiatique, Mia Hansen-Løve s’est tenu à bonne distance, jusqu’à présent, sans trop en faire, jamais, comme elle dirige sa caméra, à distance de ses acteurs dans L’Avenir. C’est plus brillant que bruyant, elle dépeind des gens qui se sentent vivants, comme, elle, et c’est frais, ouais, même si elle ne se dirige pas toujours, dans le sens où l’on aimerait la voir voler.

Thomas Carrié.

*L’Avenir, de Mia Hansen-Løve, actuellement à l’affiche, France 2015, 1h40 (Les Films du Losange). Avec Isabelle Huppert, Roman Kolinka, Edith Scob.
Les citations sont issues d’extraits presse d’un entretien avec Laure Audler fournis à la rédaction, et réalisé à Paris, en janvier 2016.
Photographie : Ilaria Orsini

Rédacteur en Chef │Passionné de cinéma et par les nouvelles formes d'expression médiatiques, Thomas Carrié est Chef de groupe digital et Social Media au sein de l'agence de publicité Rosapark (groupe BETC). Il a travaillé pour Radio Nova et Canal+ Cinéma et a publié le fanzine culturel CRUMB pendant 5 ans. Il est le fondateur de Monografe.

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