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Close Up, cinéma iranien vertigineux, manifeste de Kiarostami

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Iran, fin des années 80, un fait divers autour du cinéma va faire l’objet d’un film insaisissable, chef d’œuvre du cinéaste Abbas Kiarostami, dont la version restaurée est aujourd’hui dans les salles.

Un homme cinéphile au chômage, Hossein Sabzian joue de ses ressemblances avec le cinéaste Mohsen Makhmalbaf pour se faire passer pour lui et ainsi abuser d’une famille bourgeoise. La supercherie rapidement démasquée, il est alors traîné en justice et jugé pour escroquerie. Voilà la réalité.

Ce n’est qu’après que vient naître Close Up, lorsque le réalisateur Abbas Kiarostami, fasciné par l’histoire décide de filmer le procès et de mettre en abîme l’histoire d’Hossein Sabzian, dans une succession  de scènes fascinantes, entre fiction et documentaire.

J’ai sans cesse cherché à rappeler au spectateur qu’il est en train de regarder une version filmée d’une histoire vraie.

Close Up est un film essentiel, par delà toute attente.

Techniquement tout d’abord, par le dispositif inédit qui le compose et qui fait vaciller les frontières entre le scénario et le réel, si bien que l’on ne sait plus très bien ce que l’on regarde, entre un film écrit et ce qui est alors, la réalité d’une époque, d’un homme et d’un procès.

« J’ai sans cesse cherché à rappeler au spectateur qu’il est en train de regarder une version filmée d’une histoire vraie. Je n’aime pas beaucoup les aventures narrées. L’excitation d’une aventure ne permet pas au spectateur de plonger dans le fond des choses montrées à l’écran. Le film est une histoire de distance entre le soi idéal et le soi véritable », raconte le cinéaste.

La vérité que j’essaye d’extraire de cette réalité, c’est que tout homme est bon au plus profond de lui.

Humainement, ensuite. D’abord par l’histoire d’un cinéaste, touché par celle d’un imposteur cinéphile et qui décide de le raconter.

« J’ai lu le fait divers dans un hebdomadaire, et ça m’a tellement fasciné. Pour citer Marquez, c’est le sujet qui nous choisit plutôt que l’inverse. Le premier point qui m’a frappé est le fait que cette personne ne soit pas un fraudeur. Il est plutôt habité par une image (…) Ce qu’un réalisateur pouvait faire pour lui, c’était le réhabiliter, faire un portrait de lui en tant que jeune homme amoureux du cinéma, des gens du cinéma« .

Et puis, humainement aussi, parce cet imposteur là pourrait être un artiste et qu’il touche, au coeur, à la question des déshérités, dans un pays en souffrance à la question du rêve, de la reconnaissance sociale et des actes. Il le signale pendant le procès. Il n’a fait « qu’un geste artistique ».

« Je crée la réalité devant la caméra, et ensuite j’en tire toute la vérité. Ce que je cherche à montrer, c’est que Hossein Sabzian est un martyr, un homme amoureux, alors que beaucoup de gens sont convaincus qu’il n’est qu’un simple imposteur. La vérité que j’essaye d’extraire de cette réalité, c’est que tout homme est bon au plus profond de lui ».

Cette vérité que Kiarostami extrait, c’est aussi celle d’un art cinématographique iranien, qui trouve chez lui, ici, son apogée. Close Up résonne comme un manifeste de l’art du cinéaste.

Le film lui permettra d’acquérir une renommée internationale. L’histoire retiendra que malgré des difficultés rencontrées avec le pouvoir iranien, l’un de ses films suivants, Le Goût de la Cerise, sortie en 1997, n’aura droit, après de longues négociations, qu’à une seule copie à destination de la France. C’est cette unique copie qui sera sélectionnée in extremis en compétition au Festival de Cannes et avec laquelle il remportera la Palme d’Or. Comme un pied de nez au pouvoir, indéfectible équilibre entre les hommes et le cinéma.

Rédacteur en Chef │Passionné de cinéma et par les nouvelles formes d'expression médiatiques, Thomas Carrié est Chef de groupe digital et Social Media au sein de l'agence de publicité Rosapark (groupe BETC). Il a travaillé pour Radio Nova et Canal+ Cinéma et a publié le fanzine culturel CRUMB pendant 5 ans. Il est le fondateur de Monografe.