Blind Sun, Monografe Journal

BLIND SUN, complainte solaire

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La chaleur est suffocante. Nous sommes en Grèce. Une villa au toit plat, une immense piscine flanquée au sommet d’une montagne. À distance respectueuse de toute autre habitation. Là, est planté le décor du nouveau film de Joyce A. Nashawati.

On est d’abord happés par la photographie. On sait que, quelle que soit la suite, la lumière va nous éblouir. Il faudra faire avec. Alors, on se laisse engager dans ce labyrinthe, de plans lumineux et d’étincellements, acceptant d’ignorer où le film va nous mener, de s’y faire bousculer, d’être confrontés à des instants plus ou moins agréables, dans un tissage profond de relations humaines et violentes au cœur de l’Europe même.

Blind Sun - Monografe Journal - 2

Ce pourrait être simple. Une forte canicule, un immigré, Ashraf Idriss, à la recherche d’un métier de gardien de villa, dans un pays qui n’est pas disposé à l’accueillir. Surveiller, attendre, quand les propriétaires ne sont pas là, au coeur d’une grande demeure, entre baignade caniculaire et travaux domestiques. On y mettrait des intrigues, des doutes et du sang.

Il y a de tout cela mais c’est plus complexe que cela. Car Joyce A. Nashawati ne se contente pas de filmer des acteurs, elle a construit son histoire sur trois personnages principaux, impalpables et originaux : le soleil, la solitude et la folie.

Le soleil y est plombant, attaquant, comme un ennemi. On est éblouis et transpirants, étouffés aussi. Comme l’est la Grèce, là, dans un futur proche, frappée par la misère sociale, les problématiques environnementales et culturelles et cette canicule oppressante jusque par delà l’écran.

La solitude, elle, ronge Ashraf (interprété, pour son premier rôle, par l’étonnant Ziad Bakri, Prix d’interprétation au Fantasporto – Oporto International Film Festival 2016). Elle y est physique, sans effusion, totale. Elle prend corps au coeur d’une immense maison, avec pour seules échappées, quelques pérégrinations extérieures, dans une dominante de couleur désert et de blanc, entre immeubles, bétons et ruines antiques.

La folie, enfin, découle des deux premiers composants. Car il ne reste plus rien d’autre pour la survie et qu’Ashraf Idriss est constamment endolori. On ne sait même rien de lui. Cela devient alors déglingué, inquiétant, captivant, intriguant. Il n’y a pour le personnage comme pour nous, plus de repères, ni de chemins balisés, le récit s’est évaporé.

Les images de Joyce A. Nashawati évoquent bien plus qu’elles ne racontent. BLIND Sun est une complainte solaire. La chaleur y est-elle que la réalité s’évapore.

Thomas Carrié

L’avis Monografe : Monografe Journal, Blind Sun
Blind Sun, de Joyce A. Nashawati, actuellement à l’affiche, France et Grèce, 2015, 1h28 (Pretty Pictures), avec Ziad Bakri, Louis-Do de Lencquesaing, Gwendoline Hamon, Mimi Denissi, Laurène Brun, Yannis Stankoglou, #BlindSunLeFilm.

Bande annonce officielle :

Blind Sun, Monografe Journal

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