ICONIC CULTURE / FILM STUDIES / ARTS AND MODERN STORIES

Aki Kaurismaki, Monografe Journal, Carrosse d'Or

Aki Kaurismäki, conteur de fables

in Films by

« Vos histoires sont des fables inspirées qui racontent les oubliés, les laissés pour compte, les excessifs, ceux qui n’ont pas le mode d’emploi. Vous les filmez à chaque fois avec économie, précision et grandeur, sans jamais renoncer à la fiction, à la poésie, voire au burlesque. En mettant en scène ces personnages vous leur donnez une place et vous les sauvez, car ceux qui ne sont pas racontés n’existent pas… » Extrait de la lettre envoyée à Aki Kaurismäki par le Conseil d’Administration de la Société des Réalisateurs de Film, qui lui décerne le Carrosse d’Or de cette année.

Dans ses meilleurs films, Aki Kaurismaki rejoint le naturalisme selon la conception deleuzienne qui en fait une forme de surréalisme. Le monde originaire ne manque pas de happer ses personnages en quête d’un quotidien social normal. La réalité sociale tranquille, celle du travail, est refusée à la plupart des héros de ses films. Le monde originaire auquel ils retournent apparaît sous la forme des ordures que doit ramasser le héros éboueur de Ombres au paradis (1986) ou des usines de découpe de viande dans Crime et Chatiment (1983) et Ariel (1988), ou encore des ruines du cabaret dévasté de J’ai engagé un tueur (1990).

Cette misère éternelle apparaît aussi au détour des chansons tristes de bien des films : Damia dans La vie de Bohème, Serge Reggiani dans J’ai engagé un tueur et les trois chansons de bal de la trilogie ouvrière. (« Au-delà de l’arc-en-ciel, il est un pays de rêve, je me souviens de la chanson du pays de conte de fées.. » dans Ariel, « De l’autre coté de la haute mer, il existe un pays où des vaques clapotent sur les rives du bonheur… » dans La fille aux allumettes).

Kaurismaki ne s’attarde pas sur des dialogues qui expliciteraient la psychologie de personnages toujours pris dans des situations incertaines et qui accueillent avec philosophie les coups du destin. Peu d’effets de mise en scène appuyés (si ce n’est des zooms avant vers ou à partir d’un visage, des gros plans d’objets (tour Eiffel, horloge, bouilloire puis corde et clou de pendaison) comme autant d’accessoires capables de changer le cours des choses. D’où cette tendance au laconisme. Il faut attendre sept minutes pour entendre une première phrase dans J’ai engagé un tueur : ce sera « la direction veut vous voir« , vingt minutes pour entendre le « putain » adressé par le père dans La fille aux allumettes et bien sur l’absence totale de paroles dans Juha.

Le burlesque de Kaurismäki tient au fait que le pire n’est jamais sûr (le départ de la mine dans Ariel vaut mieux que le garage qui s’écroule, le toit ouvrant dont le mécanisme ne se découvre qu’à la fin) mais que rien n’est jamais gagné. À l’image de la vie, sur un écran ciné.

Monografe Journal est riche de contributions variées et de regards passionnés. N'hésitez pas à nous soumettre vos écrits. Tweetez ou réagissez aux articles de ce site avec #MNGRF

Latest from Films

Go to Top